Montmagny et l’empreinte du temps

    Les Carrières rappellent qu’une activité économique d’extraction du gypse connut un important développement jusque dans les années 50, sur le site actuel du Parc de la Butte Pinson.
    Le Moulin de la Galette et le Café Daubercies, où se déroulaient les bals des samedis et dimanches à l’orée du bois de Richebourg, attiraient la jeunesse des alentours et même de Montmartre, alors relié par un tramway qui faisait demi-tour devant l’actuelle gendarmerie de Pierrefitte.

    Les données historiques restent cependant relativement succinctes. On sait qu’un château occupait le centre du bourg et qu’il fut rasé jusqu’à la dernière pierre, vraisemblablement au lendemain de la Révolution de 1789.
    Ce château qui fut édifié par un seigneur HUAULT au 16e siècle, garde une part de mystère. On sait par exemple que Charles HUAULT, nommé gouverneur de la Nouvelle France (1636-1648) et fondateur de Montmagny au Québec, obtint pour « son château de Montmagny à l’écart de Paris » le droit de l’enclore par un fossé et un pont-levis. Pendant toute la première moitié du 17e siècle, Charles HUAULT bataillera au Québec contre les Iroquois et les Hurons, ce qui le fera dénommer Ononthio, traduction indienne de Montmagny.
    Jusqu’à la Révolution, le château changera plusieurs fois de propriétaire. On relève les noms de TOUME de RICHEBOURG, d’ARBOULIN (« pourvoyeur de la bouche du Roi », en vin de Montmagny, paraît-il), MALEBRANCHE (frère du philosophe) et enfin CHAVAUDON de St MAURE.
    De cette époque, il ne nous reste que la rue du Château qui relie la rue Carnot au carrefour des rues Pelletier et de la Jonction.

    Pendant tout le 18e siècle, Montmagny est une bourgade de quelques centaines d’habitants. Vignerons, cultivateurs, journaliers ou domestiques dans les familles bourgeoises de Saint-Denis composent sa population. Quelques Parisiens y possèdent leur résidence champêtre.
    Le 18e siècle voit aussi la reconstruction, par les soins du Prince de Condé, de l’église Saint-Thomas de Canterburry (du nom de l’archevêque anglais Thomas BECKET assassiné en 1170) sur les ruines d’une cure édifiée au 12e siècle. Cette dernière fut érigée en paroisse en 1184, ce qui constitue en quelque sorte « l’acte de naissance » de la ville de Montmagny.
    L’église Saint-Thomas et la petite place qui la précède sont connues bien au-delà de nos frontières grâce aux six versions peintes par Maurice UTRILLO, entre 1908 et 1913. Les séjours du peintre sur la Butte Pinson, où sa mère Suzanne VALADON résida temporairement, ont donné des moments de gloire à ce lieu : 49 paysages magnymontois peints à l’huile sont aujourd’hui répertoriés, mémoire artistique du début du siècle post-impressionniste.

    Le Fort de la Butte Pinson, enfoui dans un site verdoyant, fut longtemps un lieu de promenade dominicale avant la dernière guerre. Situé à 110 mètres d’altitude, il offre un panorama exceptionnel sur les vallées alentour. Propriétaire actuel, le Syndicat Intercommunal d’Étude et d’Aménagement de la Butte Pinson (S.I.E.A.B.P.), regroupant les communes de Montmagny, Pierrefitte, Groslay et Villetaneuse, œuvre activement à la valorisation de ce lieu historique.
    En effet, construit après la guerre de 1870 pour protéger Paris, le Fort de la Redoute pouvait alors accueillir 13 canons et 150 militaires ; une citerne à eau aurait permis de tenir un siège de 3 mois… Le Fort, heureusement, n’a jamais connu de sinistres destins et les coups de feu que l’on entend quelquefois reflètent l’activité de l’association « Tir 360 ».

    Autre vestige du passé, l’Ancien Séminaire Notre-Dame de Lourdes qui avait été, avant son acquisition par le Chanoine Théodore GARNIER en 1893, un rendez-vous de chasse des Ducs d’Enghien. Transformé en séminaire des « vocations tardives », il perdit peu à peu son activité, ce qui amena l’Evêché à procéder à sa fermeture en 1970. Afin de sauvegarder ce bel élément patrimonial, la Municipalité se porta acquéreur, en 1974, des bâtiments et du parc attenant. La Ville y installa les services municipaux puis l’École Municipale de Musique et de Danse et quelques associations culturelles ou de loisirs.

    Derniers témoins du temps, le 20e siècle voit s’édifier deux constructions importantes dans cet inventaire historique :
    - La Salle des Fêtes, datant de 1924, fut appelée « le Petit Trianon » par son propriétaire qui en fit don à la Ville.
    - La Chapelle Sainte-Thérèse, édifiée en 1925, doit sa réputation à l’architecte Auguste PERRET, promoteur de la conception architecturale géométrique en béton armée, des années 30. Elle est maintenant classée « Monument historique ».

    Autour de ces jalons historiques, Montmagny s’est construite en plusieurs étapes, comme en témoigne son urbanisme : vieilles maisons rurales du 19e et du début du 20e siècle, constructions collectives verticales des années 60, zones pavillonnaires et maisons de ville des décennies 80.

    L’architecture, l’urbanisme marquent les traces du passé. Aujourd’hui encore, la ville se modèle, subissant les contraintes de l’urbanisation, des projets régionaux ou d’aménagement du territoire. Le Plan Local d’Urbanisme, qui se substitue au Plan d’Occupation des Sols, marquera par ses réformes une nouvelle étape dans l’évolution de Montmagny en intégrant principalement les notions de concertation et d’intercommunalité.
    Il nous revient non seulement de préserver les traces de nos aînés, mais aussi de transmettre des témoignages de notre époque, exigeante sur son cadre de vie que les générations futures pourront à leur tour s’approprier.


      Conception & réalisation : Elton | Ville de Montmagny 2008